Climat et matériaux
Ce qui abîme les tombes à Ajaccio
Le premier effet du climat sur une tombe d’Ajaccio tient à la lumière. Le soleil intense ternit les marbres et efface les dorures, au point que certaines épitaphes deviennent presque illisibles. On le voit surtout sur les plaques et les inscriptions peintes, qui s’effacent avant la pierre.
La mer toute proche joue un rôle plus discret. Les embruns salés voilent le granit poli et attaquent les métaux : une croix en fer ou une lampe en laiton se couvre de traces en quelques saisons. Le sel retient aussi l’humidité, ce qui accélère le vieillissement des joints.
En été, la poussière et les dépôts calcaires se déposent sur les dalles. À l’automne, les pluies rares mais violentes lavent mal : elles étalent la saleté plutôt qu’elles ne l’enlèvent. Une tombe qui paraît propre après un orage peut garder des traînées jusqu’au printemps.
Dans une grande ville, le cimetière est aussi un lieu de passage et d’échange. Les allées voient défiler des visiteurs toute la journée, et les petits objets posés sur les tombes se déplacent, se cassent ou disparaissent. Les pots de fleurs en plastique durcissent au soleil et se fissurent au premier coup de vent. Les familles qui reviennent après plusieurs mois trouvent parfois la tombe presque méconnaissable, sans qu’aucune faute ne soit à chercher.