Climat et matériaux
Ce qui abîme les tombes à Châtel-Guyon
Pour une sépulture, c’est le gel qui fait le plus de dégâts. L’eau de pluie s’infiltre dans les microfissures de la pierre et des entourages en béton, elle gèle, elle écarte la fissure d’un cran, puis elle fond. Après quelques hivers de ce régime, les joints se désolidarisent et les arêtes des dalles s’écaillent.
Les pierres exposées voient aussi apparaître des lichens. Ils forment des plaques grises, jaunes ou orangées collées à la surface, bien plus tenaces que la mousse. Les arracher à la brosse dure raye le poli et efface le dessin des lettres gravées. Nous préférons appliquer un produit adapté, le laisser agir plusieurs heures, puis rincer à basse pression. La pierre n’est pas attaquée et le lichen ne repart pas dès le printemps suivant.
L’écart entre le jour et la nuit joue un rôle moins visible. Une dalle qui chauffe au soleil de l’après-midi puis se refroidit d’un coup travaille davantage qu’une dalle restée à l’ombre. Les inscriptions repeintes il y a longtemps se décollent alors par plaques, et les lettres dorées perdent leur éclat. Repérer ces débuts de dégradation lors d’un passage régulier coûte beaucoup moins cher que de refaire une gravure entière.
Un dernier point concerne les abords. Quand la neige fond, l’eau chargée de terre et de feuilles mortes ruisselle sur les dalles basses et dépose une fine couche de limon dans les gravures. Si on ne la retire pas, elle nourrit les lichens du printemps. Nous dégageons donc le pourtour et vidons les rainures des lettres avec des outils en bois ou en plastique, qui ne marquent pas la pierre, avant de passer au lavage proprement dit.